Entre le monde et l'écran
    Voir le monde
    Comprendre le monde
    Rêver le monde

jeudi, janvier 04, 2007

La Tabaski

Les musulmans du Mali ont fêté, le 30 décembre dernier, la Tabaski. On s’est préparé en grande pour la fête. Depuis plusieurs jours, le grand marché du centre-ville était bondé. Les tailleurs croulaient sous le travail. Tout le monde était à fleur de peau. La ville était pleine de béliers, souvent vendus par des touaregs venus du nord du pays. La veille même de la fête, il y avait au moins un bélier d’attaché à la porte de chaque maison. Les enfants ont bien nettoyé le carré où se tient normalement la prière. Les femmes se sont tressées. Les hommes ont fait coupé leurs cheveux. La veille de la fête, les boutiques étaient pleines, les salons de coiffure étaient pleins. On me parlait de la “fête” depuis si longtemps, je m’attendais à un débordement sans pareil.

En fait, le matin même de la Tabaski, vers 8h, de nombreux hommes surtout, et quelques femmes, assises derrière, se sont retrouvés dans le carré tout près de chez moi pour la prière qui a duré, en tout, à peine 30 minutes. Après la prière, tous ont déambulé dans la rue, avec leurs boubous tout neufs, généralement faits de bazin. Plus le bazin est brillant, plus il est riche, plus il vaut cher, paraît-il.

Puis le carnage a pu commencer. En fait, à la Tabaski, il est d’usage de tuer un ou plusieurs béliers dans chaque famille en guise de sacrifice. Ainsi, chaque famille a égorgé ses béliers. Puis le boulot a commencé. Les hommes et les femmes se sont mis au travail afin d’abord d’enlever la peau à l’animal. La peau, en effet, sera utilisée pour faire des tapis de prière. Puis on arrange la viande qui sera mangée au cours de la journée et des jours à venir.
Pour ma part, j’ai d’abord fait un tour chez les Coulibaly. M. Coulibaly, marié à 3 femmes, a tué 3 gros béliers. Mais il y avait là tellement de travail, et donc tellement de pression, que l’ambiance était un peu mauvaise, et j’ai prétexté un quelconque empêchement pour retourner chez moi au plus vite. Je me suis retrouvée ensuite chez les Sissoko, où, malgré le boulot, on était quand même un peu plus relaxe. Le vieux Sissoko n’a marié qu’une femme, mais les Sissoko ont tout de même acheté 3 moutons, dont un pour la grand-mère, âgée, paraît-il, de 122 ans ! Chez les Sissoko, j’ai moi-même mis la main à la pâte. J’ai aidé à préparer un peu de viande, que j’ai fait mariner puis griller. C’était pas mal, mais c’est tout de même toujours un peu difficile de manger de la viande quand quelques poils de mouton restent toujours là même après la cuisson !
À la Tabaski, la coutume veut également que les familles distribuent un peu de viande aux gens des alentours. C’est ainsi que Nathalie et moi, on s’est retrouvées avec, dans le frigo, une patte de mouton gracieusement offerte par le vieux Coulibaly. Comme on n’a pas de couteau décent pour couper la viande, on a au moins réussi à retourner ce présent chez les Coulibaly, qui se sont occupés d’arranger la viande, après qu’on leur ait expliqué que, d’abord, on n’était pas équipées pour ça, et puis que, de toutes façons, autant de viande allait se gaspiller avant même qu’on ait pu la manger. C’était quand même spécial de voir une patte de mouton au fond de notre mini frigo !

Bref, pour une bonne partie de la journée, la plupart des familles ont beaucoup travaillé pour préparer la viande. C’est seulement une fois que tout a été bien arrangé que les femmes ont revêtu leurs beaux habits tout neufs, leurs beaux souliers, et puis voilà ! Toute cette journée, il faut le dire, m’a laissée un peu perplexe. On préparait la fête depuis si longtemps ! Quand on me parlait de fête, je m’attendais à entendre de la musique, à voir des gens danser, à voir des gens s’amuser, jouer, rire… Eh ! bin non. D’après ce que j’en ai compris, faire la fête, à Bamako, c’est tuer un mouton, puis travailler, travailler et travailler, pour enfin revêtir de beaux habits et se faire photographier ainsi…

Franchement, je ne sais pas si c’est à cause de la religion ou quoi, mais depuis que j’ai traversé la période des fêtes à Bamako, j’ai l’étrange sentiment que les Maliens ne savent pas s’amuser. Ou en tous cas, leur façon de s’amuser et de faire la fête est vraiment différente de ce à quoi je suis habituée… Quelqu’un m’a dit que les fêtes, au Mali, c’est en brousse que ça se passe, qu’en fait, à Bamako, ça manquait d’ambiance. J’espère que c’est vrai ! Parce que franchement, les fêtes, à Bamako, il faut le dire, c’est plate !

Avant de venir au Mali, je connaissais des Africains leur goût pour la danse, leur goût pour la musique. Pour moi, les Africains, ce sont des gens qui, généralement, ont le coeur à la fête. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé ce trait de caractère chez les Maliens de mon entourage au cours des fêtes qui se terminent à peine… Ou alors je fréquente les mauvaises personnes ?! En tous cas, je dois le dire, ça me manque vraiment de voir des gens s’amuser, lâcher leur fou, crier, danser, chanter… Dans certains cas, j’apprécie beaucoup la pudeur et la réserve typiques aux Maliens. Mais quand vient le temps de faire la fête, c’est une autre histoire !